Non, les femmes préhistoriques ne restaient pas à la grotte
Pendant longtemps, la préhistoire nous a été racontée à travers une image simple : l'homme part chasser, la femme reste près du feu, un enfant sur la hanche, à cueillir des baies. Assignée à résidence, sédentaire, le plus naturellement du monde.
Cette image a un nom en anthropologie - Man the Hunter - et elle a longtemps fait office de vérité scientifique. Elle a structuré la recherche (sciences "dures" comme sciences "molles"), la culture populaire, et sans qu'on s'en rende toujours compte, l'idée qu'on se fait encore aujourd'hui de ce qui est "naturel" pour un corps de femme : moins de mouvement, moins d'endurance, moins de muscle.
Elle n'est plus vraie.
Ce que l'archéologie et l'anthropologie découvrent
Une étude publiée en 2023 dans PLOS ONE a repris un siècle de littérature ethnographique et conclut que, dans une grande diversité de cultures, les femmes chassent intentionnellement pour se nourrir. Ce n'est pas une anecdote isolée : la chasse féminine est présente dans 80 % des cultures étudiées.
Leur technique de chasse principale consistait même à épuiser le gibier à force de le suivre, sur de longues distances. L'endurance n'était pas un détail : elle était au cœur de leur mode de survie.
Un corps taillé pour l'endurance
Du côté de la physiologie, les chercheuses Cara Ocobock et Sarah Lacy montrent, toujours en 2023, que le corps féminin est particulièrement bien adapté à l'effort d'endurance - précisément ce qu'exigeait la chasse d'un animal par épuisement de ce dernier. Deux hormones présentes en plus grande quantité chez la femme, l'œstrogène et l'adiponectine, favorisent le métabolisme des graisses et du glucose sur l'effort long.
Un détail qui en dit long sur l'état de la recherche elle-même : seules 3 % des études sur la performance sportive humaine s'intéressent spécifiquement aux femmes.
Ce que le terrain confirme
Chez les Hadza, l'un des derniers peuples chasseurs-cueilleurs, une étude de terrain de 2012 a mesuré par accéléromètre la quantité de kilomètres parcourus chaque jour par les hommes et les femmes. Les hommes parcourent plus de kilomètres, mais les femmes compensent par un travail intense de creusage et de transformation des aliments - si bien que la dépense énergétique quotidienne globale est équivalente.
Résultat : pas de différence significative entre hommes et femmes sur l'activité physique modérée à vigoureuse effectuée chaque jour. La seule vraie différence porte sur la forme du mouvement, pas sur son intensité.
Pourquoi ça compte aujourd'hui
Ce que cette recherche vient déconstruire, ce n'est pas qu'une image d'Épinal de la préhistoire. C'est l'idée, encore largement répandue, que le mouvement intense, le muscle et l'énergie physique seraient "naturellement" masculins, et que les femmes seraient physiologiquement faites pour un mode de vie plus calme.
Rien dans les données ne soutient cette idée. Rien dans ta physiologie ne te prédestine à l'immobilité.
Bouger beaucoup, construire du muscle, et nourrir ce muscle correctement, ce n'est ni une exigence moderne sortie du chapeau ni une nouvelle tendance : c'est une continuité de ce que le corps féminin a toujours su faire.
La vraie question n'est donc pas de savoir si bouger est fait pour toi. C'est plutôt : comment je réapprends à faire confiance à ce que mon corps sait déjà faire, naturellement ?
Les femmes ne restaient pas dans leur grotte
Elles avaient une activité physique quotidienne intense - marcher, porter, creuser, transformer - globalement comparable à celle des hommes. Le corps féminin n'est pas moins fait pour le mouvement ; il est même particulièrement bien adapté à l'endurance.
Bouger, se muscler et bien s'alimenter pour soutenir tous ces muscles, cœur compris, est physiologiquement aussi naturel chez la femme que chez l'homme. Ce n'est pas une nouveauté du sport moderne. C'est une continuité biologique.
Ne reste pas dans la tienne.
Sources :
- The Myth of Man the Hunter (2023), PLOS ONE
- Ocobock & Lacy, physiologie de l'endurance féminine (2023)
- Pontzer et al. (2012), Hunter-Gatherer Energetics and Human Obesity, PLOS ONE
